La vie et l’œuvre de Carl Michael Bellman. Une courte biographie
Peu de poètes suédois ont été aussi ovationnés que Carl Michael Bellman.
Déjà à l’occasion du 50ème anniversaire de l’Académie Suédoise en 1836, l’écrivain Esaias Tegnér l’a nommé « le plus grand poète du Nord » (« den störste sångarns bild som Norden bar »). Le mot ‘bild’ [‘image’, ici ‘figure’] a été emprunté de Bellman.
D’autre part, il y a eu des disputes sur lui. On a fait de lui un représentant de l’ivrognerie et de l’immoralité, et les chercheurs ont mené des discussions vives sur le sens de certaines expressions quelques peu particulières dans ses vers. Quoiqu’il en soit, parmi des centaines de poètes morts, Bellman est sans doute le plus vivant aujourd’hui.
Notre époque contemporaine ne s’intéresse pas vraiment à la nomination des poètes nationaux, mais Carl Michael Bellman est, et cela depuis longtemps, un candidat important pour ce titre en Suède. Sa popularité s’est vite répandue aux pays voisins le Danemark et la Finlande, mais il a, au long des années, acquis beaucoup d’admirateurs aussi dans les autres pays nordiques, ainsi qu’en Allemagne, la Russie et d’autres pays. Les traductions de ses chansons se répandent toujours encore plus loin dans le monde.
Cet essai sur Bellman offre une très brève introduction sur sa vie et sur son œuvre. Nous espérons qu’il va inspirer le lecteur à en lire plus sur Bellman.
Il existe deux biographies sur Carl Michael Bellman qui méritent d’être lues : Carl Michael Bellman. Genious of the Swedish Rococo (Malmö 1967), de Paul Britten Austen, traduite en suédois par Gun et Nils A. Bengtsson (Malmö 1970), et Carl Michael Bellman (Stockholm 1994) de Lars Huldén. Une bonne vue générale sur l’œuvre de Bellman se trouve dans Ljuva Karneval. Om Carl Michael Bellmans diktning (Stockholm 2005), de Lars Lönnroth. Dans nos conseils de lecture länk il y a encore des titres importants, aussi bien des livres que des articles, sur notre poète et son époque.
Ce texte a été écrit exclusivement pour le site internet de l’Association de Bellman et se base avant tout sur la biographie de Lars Huldén. Si on a l’intention de citer ce texte, il faut indiquer les données suivantes : Huldén, Lars & Nell, Jennie, Carl Michael Bellmans liv och verk. En minibiografi. www.bellman.org/html/biografi.html.
Famille
La famille Bellman s’est établie à Stockholm avec le tailleur Martin Casten Bellman, qui est venu dans les années 1660 de la région de Brême qui, à l’époque, appartenait au territoire suédois.
Il a épousé Barbara Klein, la fille d’un autre tailleur allemand. Parmi les neuf enfants du couple, le fils Johan Arndt (1663-1709) est devenu professeur de rhétorique romaine à Uppsala, et il était aussi decanus et recteur d’université. Il était doué pour la musique et possédait entre autres le citrinchen qui se trouve maintenant au Musée de Stockholm (Stockholms stadsmuseum) et auquel le petit-fils Carl Michael jouait aussi. Il paraît que cet instrument a été acheté à Rome lors d’un voyage éducatif que le futur professeur, alors informateur, a pu faire.
Johan Arndt Bellman était marié à Katarina Elisabeth Daurer (1687-1709), elle aussi d’origine allemande. Ils ont eu trois enfants dont le benjamin Johan Arndt (1707-65) est le père du poète. Son frère Martin a fini par se retrouver en Espagne, où il a épousé une femme de famille riche. Il était pendant quelque temps consul suédois à Cadiz. Après la mort des parents en 1709, les grands-parents se sont occupés des trois enfants. L’assesseur Daurer a vécu jusqu’en 1743 et elle a pu être marraine du futur poète, Carl Michael. C’est dans sa maison à elle à Hornsgatan que Carl Michael Bellman est né.
Johan Arndt, le fils, était fonctionnaire. Il a finalement – trop tardivement à son goût – exercé la fonction de secrétaire du cabinet du château. Ce poste exigeait un cours de plusieurs années en Allemagne. L’allemand était sans doute une langue utilisée dans l’enceinte familial.
Il a épousé en 1738 Katarina Hermonia (1717-1765), la fille du pasteur de la paroisse de Maria, Michael Hermonius (1680-1749), né en Dalécarlie, et de son épouse Kristina Arosell (1689-1752) de Västerås.
Johan et Katarina Bellman ont eu beaucoup d’enfants. Dans son autobiographie, le fils Carl Michael parle de 21 accouchements, ce qui est probablement une exagération, mais 15 naissances ont été enregistrés. Carl Michael était l’aîné. Au moins huit des enfants étaient en vie en 1765.
La famille côtoyait quelques aristocrates, mais surtout des gens de la bourgeoisie qui avaient du succès, comme par exemple C.A. Rosenadler, Hedvig Charlotta Nordenflycht, Anders Lissander et Abraham Sahlstedt. Bellman mentionne aussi que « le grand Dalin » (le poète suédois Olof von Dalin, 1708-1763) était un de ses conseillers. Aux dires de Bellman, il a, dans sa jeunesse été élu, avec l’aide de Rosanadler comme « ämnessven » (stagiaire) dans l’Académie des sciences. Cependant, son nom ne se trouve pas sur la liste d’ « ämnessven » de l’Académie. Dans sa jeunesse, Bellman côtoyait aussi d’autres poètes, tels que Samuel Tilas, Olof Kexél et Johan Gabriel Oxenstierna.
Éducation
Carl Michael Bellman (4/2 1740-11/2 1795) a eu une éducation soigneuse et coûteuse.
Il commençait par être élève au privé à l’école de Maria, mais dès 1754, il avait un informateur à lui, Claes Ludvig Ennes (1727-91) qui venait de la Scanie et était professeur à Lund en 1751. Ennes a fini sa vie comme prêtre en Scanie, probablement sur la recommendation de Bellman. Ennes lui enseignait, entre autres, la correspondance dans plusieurs langues modernes (allemand, français, anglais, italien, latin) ainsi que la rhétorique, l’emblématique, la poésie des cantiques, la prose religieuse, la musique et la versification métrique. Il est probable que le père avait des grandes ambitions pour le fils aîné; il y avait déjà dans la génération précédante un exemple à suivre quand il s’agit d’avoir du succès dans une fonction publique – Johan Arndt l’aîné. Les autres frères et sœurs n’ont pas eu de formation semblable, il n’y avait pas assez d’argent pour cela.
Sous la direction d' Ennes, Bellman s'est attaqué à des traductions plutôt difficiles, comme les Pensées évangéliques sur la mort (Evangeliska dödstankar) [traduction en français du traducteur de ce texte] de David von Schweidnitz, qui comprennent aussi quelques sonets religieux, et la pédagogie morale de Philippe Sylvestre Du Fours, Instruction morale d'un père à son fils qui part pour un long voyage (Undervisning lämnad af en Fader åt sin Son Som Företager sig en lång resa). Les deux ont été imprimés en 1757. En 1758 la première œuvre de Bellman est parue anonymement, Tankar om flickors ostadighet (Pensées sur l'instabilité des jeunes filles). Elle a été suivie par la satire politique Månan (La Lune) en 1760, qui est un poème d'une certaine importance, qui, avec 67 octolignes, fait des remarques mordantes sur les actualités de l'époque, comme par exemple la guerre de Pommern, la comète d'Halley et l'herrnhutisme (un mouvement religieux). Pour le lecteur contemporain, il peut être difficile de comprendre toutes les allusions. Pour éviter des problèmes avec les autorités et la censure, le poète a situé le déroulement sur la lune et il explique en plus que c'est juste un rêve. Cette façon de faire était courante et constituait une stratégie poétique pour que l'écrivain puisse s' acquiter de la responsabilité du contenu controversé de ses textes.
C'est rare que la critique sociale de Bellman soit aussi claire dans sa production suivante.
Carrière publique
Le 3 novembre 1758 Bellman s'est inscrit à la nation de Stockholm (sorte de faculté) à l'université d'Uppsala. En décembre de l'année précédante il a eu le poste à l'essai de la Banque nationale. Il est retourné à la banque en juin 1759 pour le poste de 'fonctionnaire titulaire supplémentaire'. Les études à Uppsala n'ont probablement pas été très approfondies. Mais au moins, cela a donné comme résultat la chanson de Fredman numéro 28, « Movitz skulle bli student » (Movitz serait étudiant):
Movitz skulle bli Student;
Han Upsala betrakta,
Börja mumla excellent
Grammatica contracta;
Dum och tjock,
Hic haec hoc
Han sig genast lärde,
Hyrde sig en svarter rock,
Kyronii öl förtärde |
Där satt han som misanthrop,
Men röder som en vallmo,
Vid sin stånka och sit stop,
Och conjugera Amo;
Hur han drack
Ölet stack,
Kärlek hjärnen brydde;
Movitz tog sitt pick och pack,
Och lärdoms sätet flydde. |
Pendant ses voyages entre Uppsala et Stockholm, Bellman passait par l'auberge de Rotebro, qui l'a peut-être inspiré à écrire la pièce de théâtre Mantalsskrifningen. Le grouillement de voyageurs arrivant et partant, les domestiques avec leur dialecte d'Upplande, oui, peut-être que même la grande tempête de neige est un souvenir de voyage. On peut se laisser s'imaginer...
Bellman a travaillé quatre ans à la banque. Ces années-là n'ont pas seulement été remplies de travail. Il s'est mis à prendre part aux divertissements en abondance, tels que des bals, des carnavals, des mascarades. Et son talent d'artiste et troubadour a été découvert lors de ces occasions.
Ce mode de vie a coûté cher, et c'est devenu encore plus exonéreux à cause du fait que les jeunes fêtards étaient garants les uns les autres quand leur propre argent ne suffissait pas.
Au printemps 1763 Bellman a fait faillite personnelle. Cela a mis fin à sa carrière dans la banque. Selon certains calculs, ses dettes correspondaient en 1763 à environ 20 salaires annuels du niveau de son revenu. C'était une faillite énorme et une catastrophe pour toute la famille. Bellman risquait d'aller en prison, comme beaucoup d'autres endettés. À l'époque, ce sort pouvait être évité si l'on s'enfuyait à l'étranger, souvent la Norvège, et de là demander le laissez-passer – c´est-à-dire le droit de retourner au pays sans risque pour résoudre les affaires. Pour le cas de Bellman, c'était plus compliqué étant donné que le secrétaire du cabinet royal était celui qui accorde des laissez-passers. Et ce poste était occupé par son père. Le père a démissionné. La maison à Hornsgatan, qui était déjà auparavant hypothéquée, a été vendue. Johan Arndt Bellman et son épouse ont pu accéder à un manoir à Vårdinge, plusieurs dixaines de kilomètres de Stockholm. Cependant , le manoir était en ruines, et les mariés n'avaient pas de moyens financiers pour le restaurer. Les deux sont morts en 1765.
Bellman était-il vraiment en Norvège? Finalement, il a eu son laissez-passer, après qu'une attestation du maire Larsen à Fredrikshald a été lue à haute voix. C'était dit dans l'attestation qu'une personne se faisant passer pour un certain 'Carl Jansen Bellman' s'est présenté au maire. Il n'avait sans doutes pas montré de papiers, parce que Bellman était interdit de voyager depuis le début d'août, et pour cela il n'avait guère de passeport. Plus tard, Bellman ne mentionne nulle part de voyage en Norvège, ni dans les lettres conservées, ni dans la poésie. Pour cette raison, il y a eu des doutes que Bellman s’y ait vraiment rendu.
De toute façon, la faillite était une expérience traumatique pour lui, et cela se peut qu'elle ait influencé aussi bien sa personne que sa poésie.
Bellman restait quelque temps chez ses parents à la campagne, où ils avaient déménagé.
Après, le chef du Bureau de manufacture Anders Lissander, un ami de la famille, donnait un travail à Bellman dans son bureau. Cependant, le bureau a fermé deux ans plus tard, et à la place, Bellman a eu le poste de fonctionnaire supplémentaire à l'Administration des douanes. Ce poste a lui aussi été supprimé, mais Bellman a pu garder le salaire, qui n'était pas élevé. La destination ultime dans les rouages de la machine sociale était pour lui le poste de secrétaire de Nummerlotteriet (la loterie) qu'il a eu en 1776. La loterie a été créée par le roi Gustave III en 1773. Le salaire n'était pas mauvais, mais il paraît que Bellman l'a diminué en louant le poste contre la moitié du salaire. Il a gardé le poste jusqu'à sa mort. Grâce à ce poste il pouvait désormais s'intituler «Secrétaire de la Cour royale», ce qui pouvait parfois ouvrir des portes aux meilleurs salons. Dès 1771 il s'engageait également dans la vie politique de Stockholm - il était notaire intérimaire dans «bondeståndet» (le parti des paysans).
Vie privée
Bellman n'était pas le gendre rêvé des belle-mères. Sa faillite était sans doutes bien connue et en plus de cela, sa situation financière désordonnée et sa carrière d'artiste n'inspiraient pas confiance. Il a prétendu lui-même dans son autobiographie qu'il aimait beaucoup les femmes dans sa vie - même s'il ne faut probablement pas croire à tout ce qu'il dit.
Le temps se passe, et Bellman avait 37 ans quand il s'est décidé à se ranger. Le fait décisif était sans doutes l'attitude résolue de sa future épouse, Lovisa Grönlund, 22 ans, concernant les questions de mariage. Les bans ont été publiés pour elle et Bellman dans la paroisse d'Ed où elle séjournait depuis un certain temps; il est possible que leurs parents n'étaient pas au courant. Le 19 décembre Bellman et Lovisa Grönlund se sont mariés dans la sacristie de l'église de Klara. Au réveillon même, le père de la mariée a laissé un contrat de mariage aux autorités. Comme ça, au moins la dot de Lovisa était protégée. La raison pour laquelle Bellman a pu penser au mariage est qu'il a eu un emploi stable de secrétaire de Nummerlotteriet. Il a aussi eu le titre de secrétaire de la Cour royale, ce qui a fait monter son statut.
Maintenant que Bellman s'était marié et était devenu père de famille, il a évidemment pu améliorer sa réputation de bourgeois. Il s'est concentré sur une grande œuvre littéraire, Bacchi Tempel (1783), qui n'a pourtant pas eu beaucoup de succès. Il a publié des poèmes religieux (1781 et 1787). Le motif d'’épistle’ n'était presque pas utilisé, même s'il a essayé de faire publier l'œuvre plusieurs fois. La situation financière de la famille est restée faible.
Les Bellman ont eu quatre enfants: Gustav en 1781, Elis en 1785, Karl en 1787 et Adolf en 1790. Elis est mort déjà en 1787, quand Karl était nouveau-né. Cela a fait que Bellman a composé la célèbre berceuse « Lille Charles sov sött i frid » (Petit Charles dort doucement en paix) au fils Karl le 8 août 1787. La berceuse est toujours chantée avec des différentes variations populaires. Gustav s'est engagé comme dragon à l'âge de 14 ans, mais il a quitté la Suède et est tombé au champ d'honneur dans la guerre de Napoléon. Karl a pris la mer et son sort est inconnu. Adolf est resté à Stockholm et il est devenu marchand de soie. Il était marié mais n'a pas eu d'enfants. Il n'a pas vécu longtemps lui non plus. À la fin de sa vie, il a eu des problèmes psychiques; il est allé en asile à Djurgården, où il s'est noyé en 1834. Il était doué pour la musique et participait volontiers comme artiste aux réunions de Bellmanska sällskapet (La Société bellmanienne). Mais la biographie de son père qu'il a commancé à écrire à plusieurs reprises n'était jamais achevée.
Le mariage entre Bellman et Lovisa a duré 18 ans. Lovisa a survécu à son mari de 52 ans. Elle est morte en 1847. Per Daniel Amadeus Atterbom et d'autres admirateurs de Bellman lui rendaient visite de temps en temps et ils étaient impressionnés par elle. Il semble qu'elle n'était pas trop bavarde quand il s'agit de sa vie avec Bellman. Grâce à des pensions, entre autres de la société Par Bricole, elle a mené une existence acceptable à la fin de sa vie.
La poésie de jeunesse
La poésie de jeunesse de Bellman des années 1760 remplit deux volumes de Standardupplagan (Les publications de Carl Michael Bellman), ce qui fait en tout près de 300 poèmes. Il s'agit surtout des chansons incitant à boire, des numéros égayants pour les compagnies de buveurs. Ils peuvent être regroupés: Certains sont des poèmes à rôles, comme De fyra ståndens sätt att fria (La façon des quatre états de demander la main) et la chanson Gamla Annika från fattighuset (Vieille Annika de 'la maison des pauvres'). On s'imagine que Bellman jouait tous les rôles lui-même. Dans un grand nombre de chansons, Bacchus, le dieu du vin, incarnait différants rôles. Il est mendiant, prétendant, avocat, tonnelier etc.
Dans une longue suite figurent des figures de l'Ancien Testament: Adam, Eve, Caïn et Abel, Abraham, Sarah, Noé, Judith, Joachim de Babylone et autres. C'est des chansons qui ont suscité le mécontentement des prêtres, cela à cause du traitement irrespectueux des figures connus de la Bible.
Des chansons et des parodies basées sur la Bible sont un genre qui avaient longtemps foisonné en Europe, surtout en Allemagne et en France, sous des formes plus ou moins respectueuses. On devine que les chansons bibliques de Bellman ont entre autres eu la fonction de divertissement aux mariages. Si le marié s'appelait Josef, on pouvait facilement faire une chanson sur les démêlés entre Joseph et l'épouse de Potifar (1 Mos 39). Noé méritait une chanson à boire étant donné qu’il est le premier dans la Bible à être enivré par le vin (1 Mos 9). Les patriarches et les personnes vénérés et élevés de l'Ancien Testament sont dans la poésie de Bellman 'dégradés' à un niveau plus bas et peut-être aussi plus humain. « Gubben Noak » (Le vieux Noé) est peut-être la plus connue de ces chansons. Elle a été publiée sous forme de 'skillingtryck' (publication bon marché) à Lund en 1767. Le chapitre de Lund a réagi violemment et voulait faire détruire cette chanson et d'autres venant de Bellman.
Ces chansons-là ont de l'importance vu qu'elles aboutissent à Fredmans Epistlar, où Bellman utilise le Nouveau Testament comme point de départ. Les poèmes de jeunesse ont sans doutes avant tout été présentés dans le même milieu que la poésie des ordres.
La poésie des ordres
Les ordres de société occupaient une place importante aux divertissements à Stockholm dans les années 1760. Il y avait entre autres Frimurarorden (Les Franc-Maçons), Arla Coldinuorden et Timmermansorden. Amaranterorden, fondé par la reine Kristina, a également été ranimé à cette époque. Les ordres de chevaliers tels que Les Franc-Maçons, étaient les plus prestigieux. Les sociétés bourgeoises et les clubs privés, où on discutait sur la politique, la littérature ou se divertissait avec d'autres intérêts, avaient moins de renommée. Les rencontres de ces sociétés étaient le plus souvent ritualisées et hiérarchiques. Ayant un talant d'artiste, Bellman était membre de plusieurs clubs. Le style parodique des chansons bibliques était facilement appliquable au phénomène des ordres et leurs cérémonies solennelles. Bellman a inventé un ordre fictif où tous les membres étaient des vrais ivrognes. Les statuts affirmaient qu'il fallait avoir été couché ivre mort dans le ruisseau pour pouvoir être membre de ce club nommé Bacchi Orden (L’Ordre de Bacchus). Dans les chapitres de l'ordre - les réunions s’appelaient ainsi - le talent humoristique de Bellman ainsi que son talent réputé d'imiter les différents instruments de musique, ont pu montrer leur juste valeur. Les premiers chapitres étaient probablement joués chez la famille Lissander en 1766. L'ordre a été mentionné pour la première fois par le poète Johan Gabriel Oxenstierna, qui a noté le passage suivant dans son journal du 4 décembre 1769 (librement traduit au français):
Bergklint et Kexél sont venus me voir, et nous sommes allés ensemble chez le Commissaire Lissander pour voir la farce de Bellman. Je n'ai jamais dans ma vie rigolé autant que ce soir. Bellman a fondé un ordre à l'honneur de Bacchus. Toute personne n´ayant pas été couché dans le ruisseau sous les yeux de tous au moins deux fois ne peut devenir membre. Il fait parfois ce chapitre, il adoube des chevaliers quand il y en a ceux qui le méritent, et ce soir il a fait un récit sur un chevalier mort; tout est en vers et avec de la musique de l'opéra. Il chante lui-même et joue de la cithare.
Au début, il semble que ces farces ont été jouées par Bellman seul. Elles se composaient de courts morceaux de chants avec des séquences de dialogues. Les textes les plus récents, écrits après 1769, comprennent des pièces plus complexes, en alexandrin, avec des instructions pour le metteur en scène, des cortèges et des parties chorales censées être jouées par plusieurs acteurs. L'ensemble des chapitres d'ordre représente cependant une réunion de Bacchi Orden, dont les chevaliers (Jensen, Trundman, Gloch, Lundholm et d'autres) sont connus pour fréquenter des tavernes à Stockholm de cette époque-là. La poésie des ordres s’est étendue jusqu'en 1771. Après, la production semble avoir été suspendue pendant longtemps. À la place, Bellman a travaillé sur Fredmans Epistlar et a essayé de faire carrière dans la Cour sous Gustave III.
La poésie des ordres a culminé avec l'œuvre Bacchi Tempel öpnadt vid en Hjeltes död, qui a été publiée, richement illustrée, en 1783. C'est l'œuvre imprimée de Bellman la plus importante. Il s'est évidemment donné beaucoup de peine pour finir ce travail.
L'œuvre est une des plus bizarres de la littérature suédoise. La mythologie antique et chrétienne s'unissent avec des buveurs suédois non seulement de Stockholm, dans un ensemble aussi bien érudit que burlesque. Des poèmes lyriques sont éparpillés çà et là, et ces derniers sont toujours parmi les chansons de Bellman les plus chantées. Par exemple « Böljan sig mindre rör », « Bort allt vad oror gör » et « Hvem är som ej vår Broder minns ».
L'histoire se déroule autour d'un temple bacchique, situé sur une île avec un paysage arcadien. Le paysage suédois est mêlé au paysage arcadien classique et exotique dans le sens où des corneilles et des pins ainsi que des perroquets et des amandiers figurent côte-à-côte. L'histoire tourne autour des préparations d'une fête en l'honneur d'un Movitz décédé. Les invités sont des adorateurs de Bacchus venant de toutes les tavernes de Stockholm. La femme du pontife, Ulla Winblad, attend l'enfant de Movitz. Le déroulement est présenté dans des retours en arrière, des discours d'honneur sur Movitz et les cérémonies autour de son enterrement. À la fin, Ulla fait naître un nouveau Movitz et le chagrin est remplacé par la joie, des toasts et des saluts.
Ce texte a été développé à partir d'une parenthèse sur Movitz que Bellman a commencée à écrire à la fin des années 1770. Elle a été révisée à fond au début des années 1780. Des beaux vers en alexandrin, décrivant la nature, ont été ajoutés, ainsi que des longues parties dialoquées et des airs à plusieurs voix. Les amis de Bellman, les frères artistes Elias et Johan Fredrik Martin, l'ont aidé avec les illustrations. C'est une œuvre très ambitieuse qui a été annoncée par Bellman dans le journal Stockholms Posten en 1782. L'annonce dit entre autres que (librement traduit): « J'ai été prié et rappelé par plusieurs 'amateurs de connaissance' et amis de faire imprimer une œuvre poétique, comique et musicale composée par moi, appelée Bacchi Tempel; [...] Cette œuvre est pourvue de vignettes et de gravures faites par des maîtres suédois reconnus, et les notes sont gravées en cuivre ».
On croit que l'ambition de Bellman en écrivant Bacchi Tempel était de se faire une place parmi les poètes bien établis et renommés. Durant toute sa vie, Bellman a eu du mal à se débarrasser de l'image de poète humoristique bacchique et farceur qui l'a suivi depuis sa jeunesse. L'œuvre a eu des bonnes critiques dans le magazine très en vue Svenska Parnassen, dans lequel participaient l'élite des poètes gustaviens. Mais le souhait d'occuper une place parmi l'élite littéraire n'a pas été réalisé; pour ses contemporains, il demeure toujours le poète 'unique en son genre'.
La poésie religieuse
En plus des traductions et excercises religieux, Bellman a écrit lui-même - dans sa jeunesse et plus tard - des poèmes religieux. Ils ont été créés à peu près en même temps que les poèmes bacchiques, surtout dans les années 1770. Bellman n'a guère éprouvé cela conflictuel. Il a contribué au livre de cantiques de l'année 1763 avec le cantique « Fader, omsorg haf om mig ». Les poèmes religieux ont été publiés dans des différents journaux ou dans des petites brochures. Entre autres, il a publié anonymement en 1771 huit contemplations sur les textes évangéliques de Noël dans le journal Dagligt Allehanda. En 1787 ont été publiés, de nouveau anonymement, sept poèmes traitant les textes évangéliques du Carême au dimanche des Rameaux. La première suite a été imprimée et publiée en 1780 avec le titre Betraktelser över åtskillige evangeliska texter, på vers författade av Hovsekreteraren Carl Michael Bellman. Le recueil final des poèmes en vers sur les textes des grands-messes entre 1er avent et le dimanche des Rameux est sorti en 1787 avec le titre Zions Högtid. Av Carl Michael Bellman. Hovsekreterare. Första häftet, (La Fête de Zion) après que Bellman lui ait fait subir la censure théologique. Une deuxième brochure projetée n'a jamais été publiée. Plus tard, s'ajoutaient quelques poèmes de Pâques.
Les ambitions de Bellman en écrivant ces poèmes religieux se retrouvent dans une lettre qu'il a envoyée à Gustave III en 1784. La lettre montre que Bellman voulait que le roi ordonne au Conseil de secrétariat de faire en sorte que le consistoire achète ces contemplations de Bellman pour qu'elles soient utilisées dans les églises du pays. La demande de Bellman a été refusée. Par contre, sa demande d'avoir un privilège d'impression de dix ans lui a été accordée, sous condition que le titre soit changé. On pensait que le titre proposé par Bellman, « Zions Tempel » (Le Temple de Zion), faisait trop allusion à Bacchi Tempel (Le Temple de Bacchus), qui avait récemment été publié, et par conséquent, il pouvait donner des associations impropres. Bellman était d'accord pour le changement, et l'œuvre a été publiée. Cependant, l'accueil a été peu enthousiaste et le succès, ainsi que le revenu grâce à la privilège d'impression, qu'il a espéré, n'ont pas eu lieu.
Fredmans Epistlar et Fredmans Sånger
Bellman a probablement eu l’idée d’écrire Fredmans Epistlar à la fin des années 1760. L’œuvre pouvait être dérivée des chansons bibliques et les parodies des ordres, mais il se pourrait aussi qu’elle soit moins dérivée et plus spontanée.
L’ivrogne et ancien horlogier de la Cour, Jean Fredman, entre dans la poésie de Bellman en mai 1767, lors de son enterrement. Bellman a écrit un poème sur l’enterrement de Fredman, le numéro 26 de Fredmans Sånger. Il fait plutôt partie de la poésie des ordres. Dans le plus ancien épistle, le numéro 5, Bellman parle de « Brännvinsapostlar » (apôtres d’eau-de-vie), ce qui a fait que Gunnar Hillbom, chercheur sur Bellman, a interprété que l’idée était toujours au stade du développement à cette époque-là. Mais la fonction d’apôtre a vite été concentrée à Fredman, qui envoie des ‘épistles’ (lettres) aux buveurs fidèles dans les tavernes stockholmois. La parallèle entre les épistles de Fredman et les lettres de Paulus aux jeunes communautés chrétiennes autour de la Méditerranée est intentionnelle. Quand le christianisme prêche sur l’éternité pour laquelle nous devons nous préparer, Fredman prêche sur le moment présent dont nous devons profiter pendant qu’il est encore temps. Les épistles les plus anciens sont pleins d’allusions au texte archaïque de la Bible de Charles XII. Peu à peu, le ton parodique à la Bible est réduit, ce qui est un avantage pour l’ensemble de l’œuvre. Les épistles sont par la suite plus narratifs et l’ambiance est plus calme.
Fredmans Epistlar comprend beaucoup de personnages, mais reste quand même très accessible. Les chercheurs sur Bellman et sur Stockholm ont réussi à identifier la plupart comme étant des vraies personnes ayant vraiment vécu. Mais ces personnes ne jouent pas leurs rôles dans les poèmes. Dans les épistles, ces personnages ont une vie propre à eux. Mais leurs réactions et ce qu’ils font sont universels, et bon an mal an, cela nous fait penser à nous-mêmes.
Alors que la poésie des ordres se déroule dans un paysage classique, les épistles sont relatés à Stockholm. Comme le chercheur en littérature Lars Lönnroth l’a fait remarquer, il n’y a cependant pas de limite absolue entre la poésie des ordres et les épistles. Dans le dernier épistle, quand Fredman fait ses adieux à Ulla Winblad lors d’un petit déjeuner dans la nature et « accompagné par tous les instruments », les milieux se sont mêlés : selon Lönnroth, le temple dans l’épistle numéro 81 n’est guère l’église de Maria Magdalena, mais un temple classique du monde de la poésie des ordres.
Les 50 premiers épistles ont été créés d’une vitesse stupéfiante, en moins de trois ans, si l’on accepte l’argumentation de Gunnar Hillbom. Après, la cadence a relenti. À l’approche de la publication, la cadence a de nouveau augmenté. C’est possible que les épistles numéros 79, 80 et 81 aient été écrits dans le but de trouver une fin au recueil. Finalement, c’est le numéro 82, « Hwila vid denna källa » qui le termine.
Dès le début des années 1770, Bellman a essayé de faire imprimer la suite d’épistles, sans réussir. Il a plannifié que l’œuvre comprendra cent numéros. Bellman était donc conscient de la qualité artistique des épistles, et il a déjà pu remarquer, dans la ville, la popularité de certaines des chansons. Il pouvait invoquer le fait qu’elles figuraient tôt sous forme de ‘skillingtryck’ et qu’elles étaient fréquemment copiées dans des livres de chansons. En 1774, il a réussi à obtenir un privilège d’impression de dix ans sur le droit de publication, mais il l’a vendu au propriétaire de l’Imprimerie Royale, qui lui, à son tour, l’a laissé échoir.
Dans les années 1780, le projet a été repris par le traducteur et secrétaire de guerre Erik Weste et le compositeur et éditeur de notes Olof Åhlström. Weste possédait lui-même un recueil d’épistles qui a disparu lors du tirage. Il a réussi à persuader Åhlström de s’attaquer au projet. Puis, quand la publication allait enfin avoir lieu, les textes ont été soigneusement contrôlés par, entre autres, Johan Henrik Kellgren, le grand ‘gardien du goût’ suédois du classicisme français. Tout ce qui pouvait être considéré scandaleux a été changé et la suite a eu une empreinte plus uniforme. Des interventions assez importantes ont été effectuées. Le numéro 72, par exemple, a été complètement réécrit. Lars Lönnroth fait remarquer que c’est évident « qu’on pensait que Bellman, malgré le fait qu’il était depuis longtemps poète de Cour et un ‘génie’ reconnu, avait le besoin d’être censuré et surveillé lors de la publication d’une œuvre de ce genre ». Kellgren a écrit une préface dithyrambique. Weste a corrigé les épreuves. Dans une notice préliminaire, Bellman déclare qu’il a contrôlé que les textes sont corrects. Beaucoup a été rejeté. Bellman a réécrit et écrit des nouveaux épistles. Les nouveaux, les numéros 71, 79, 80, 81 et 82, sont aujourd’hui considérés les plus beaux. Beaucoup porte à croire que la musique a été composée spécialement pour plusieures de ces épistles, étant donné qu’on n’a pas encore réussi à trouver des originaux.
Le 16 octobre 1790, Fredmans Epistlar était en vente à Stockholm. Presque exactement un an plus tard, le recueil Fredmans Sånger est paru. Celui-ci contient des chansons à boire, des chansons des ordres, beaucoup de chansons bibliques et d’autres, en tout 65 numéros, dont le dernier est une lettre magnifique en heptamètre destinée à l’ami et l’homme de Cour Elis Schröderheim. La lettre s’adresse implicitement à Gustave III, pour l’occasion de son voyage en Russie en 1777 (en fait, elle a été écrite déjà en 1775 pour le ‘Eriksgata’ (visite royale) de Gustav III en Finlande). Gunnar Hillbom a argumenté sur la possibilité que les deux livres étaient en réalité destinés à former un ensemble. Le titre de cet ensemble aurait pu être « Den svenske Anakreon » (L’Anacréon suédois).[Le poète Olof Bergklint avait donné ce nom à Bellman, et Kellgren était prêt à lui donner cette épithète dans la préface des épistles, si seulement ce n’était pas qu’elle lui était insuffisante]. Gunnar Hillbom discerne un équilibre calculé dans le fait que les épistles commencent par une préface et les chansons finissent par un long poème qui est différent du reste.
Les drames
La sixième partie de Standardupplagan contient les oeuvres dramatiques de Bellman, qui constituent en tout une dixaine de pièces. Il ne faut cependant pas oublier que la poésie des ordres ainsi que les épistles contiennent eux aussi pas mal d’art dramatique. Les pièces dramatiques se composent en grande partie des divertissements plus ou moins longs, avec un mélange agréable de chansons et de récitatifs. Les pièces les plus anciennes ont été jouées chez la famille Lissander à la fin des années 1760, par exemple Det lyckliga skeppsbrottet. Plusieurs entre elles ont été jouées à la Cour vingt ans plus tard. À cette époque-là, Bellman pouvait disposer de chanteurs d’opéra et d´acteurs connus. C’était des gens qu’il connaissait et qui faisaient partie de son entourage. Il a écrit en 1787 le petit divertissement Värdshuset, une comédie de complications avec une touche royaliste. En 1790, sont parues trois pièces destinées à la Cour : Dramatiska sammankomsten, Lust-Spel den 17 Julii 1790 et Caffehuset. Le récit sur la vie populaire, Mantalsskrifningen, de 1790, est une pièce, que la plupart des gens juge jouable de nos jours. Justement, elle a aussi été jouée à l’époque moderne. La première de la pièce a eu lieu à la Cour au Nouvel an de 1790-91. Il a également écrit des farces diverses et des pièces d’anniversaire pour des amis, entre autres le sculpteur de Cour Johan Tobias Sergel. On peut aussi mentionner la cantate Fiskarstugan qui a été jouée dans la maison de l’ami et l’architecte Erik Palmstedt en 1792.
Bellman avait sans aucun doute le don d’écrire des répliques, mais ce sont ses chansons qui animaient les divertissements. Sous forme adaptée, elles ont toujours leur place dans des contextes bellmaniens.
La prose et la poésie occasionnelle
En collaboration avec le poète Olof Kexél, Bellman a édité quelques numéros d’un journal humoristique intitulé Hwad Behagas?. Il est paru en huit numéros en 1781. (Torkel Stålmark a écrit un article sur ce sujet, qu’on peut lire ici.)länk
La presse du 18ème siècle contenait souvent un mélange de faits divers, d´annonces, de débats sur la morale, de débats littéraires, de critiques littéraires, de poésie et prose. La forme était idéale pour les parodies et c’était courant dans des sociétés privées d’écrire des journaux – et des lettres - humoristiques. Le journal de Bellman et Kexél comportait des récits fictifs en vers et en proses. Le modèle se constituait de différentes conversations d’une société fictive nommée Pro Vino et les personnages principaux sont Petter Bredström et Christian Wingmark, devenus célèbres grâce à Fredmans Epistlar. Bellman a emprunté cette idée d’Olof von Dalin et son journal connu Then Swänska Argus, qui, à son tour, a été inspiré par le journal anglais The Spectator.
Hwad Behagas? contient des histoires humoristiques, désopilantes, surréalistes et irréelles, des récits et des biographies parodiques, ainsi que les conversations de la société ProVino.
La prose préservée de Bellman consiste aussi en son autobiographie et un certain nombre de lettres sur des divers sujets.
Les poèmes de Bellman destinés aux membres de la Cour, aux amis, bienfaiteurs etc remplissent six tomes de Standardupplagen, c’est au total plus de milles poèmes. L’avis que ces poèmes occasionnels sont moins intéressants que les épistles et les poèmes des ordres n’est pas rare. C’est certainement un jugement injuste. Même s’il existe traditionellement une reconnaissance exagérée dans la poésie d’hommage, ces poèmes-là montrent une grande habileté formelle et voire plus : Il y a beaucoup d’intonations personnelles et des belles parties poétiques mêmes dans les genres les plus traditionnels.
Les poèmes d’hommage ont, par conséquent été remarqués à l’époque de Bellman, et pendant une période sous le règne de Gustave III, le public le considérait comme poète de Cour, avant que d’autres célébrités littéraires comme Carl Gustaf af Leopold et Johan Henrik Kellgren aient repris les places à côté du roi, comme juges de goût et membres de l’Académie. Les hommages de Bellman ont un style qui s’étend des hommages élevés et des discours avec un language imagé, avancé et rhétorique du goût aristocratique, aux chansons à toast plus simples convenables aux classes inférieures.
Durant toute la période durant laquelle Gustave III a règné, entre 1771 et 1792, Bellman a travaillé activement comme intermédiare poétique des idées du roi. Il chante sur un grand nombre de sujets : des réformes politiques de Gustave III aux inoculations de pustules et fractures de la famille royale. De plus, il est l’auteur de nos premières véritables chansons royales - « Gustafs skål ! », sur le coup d’état du 19 août 1772, et le poème élevé « Så lyser din krona nu, Kung Gustaf dubbelt dyr... ».
La contribution des poésies royalistes de Bellman a aussi engendré des avantages à lui-même. Dès novembre 1772, il pouvait bénéficier d’une pension royale. Bellman s’engageait dans la vie politique, mais il avait en même temps la réputation d’être un artiste et estradeur aux tavernes et salons de Stockholm. D’une façon naturelle, il était capable d’écrire des chansons qui persuadaient et plaisaient aux bourgeois et paysans. Ses vers royalistes ont vite été répandus, tout comme les épistles, et Bellman a aussi été publié dans le journal Gothembourgeois Hwad Nytt? Hwad Nytt?. Bellman est devenu poète de Cour, pas officiellement, mais bien officieusement. On l’appelait parfois dans les journaux « notre poète de Cour génial ». Le plus souvent, les poèmes dédiés à Gustave III traitent des évenéments d’actualité, mais aussi des grandes questions générales telles que celles de la guerre et de la paix.
Nous vous conseillons de lire aussi d’autres poèmes occasionnels de Bellman, tels que les vers de ses fiançailles, les poèmes de deuil à l’occasion de la mort du petit Elis et de madame Qviding, et beaucoup, beaucoup d’autres.
Si l’on veut connaître l’étendue poétique de Bellman et son talent magistral de combiner la tradition avec le renouvellement – et peut-être aussi découvrir sa personnalité -, sa poésie de personnalité constitue une source enrichissante.
La poétique de Bellman
Le fait que Bellman compose souvent ses poèmes pour des mélodies déjà connues est un trait fondamental dans la poétique belmanienne des épistles. Il se sert entièrement d’emblée de rimes finales, parfois 5 à 6 rimes au même mot. Sa technique de regrouper des détails changeants d’une scène ou d’une situation est un résultat venant naturellement du besoin de rimer. Mais ensembles, ces détails donnent une image vivante de ce qui est décrit. Les épistles les plus anciens contiennent beaucoup d’exclamations au public :voyez, écoutez, sentez, notez, buvez, chantez! Les impératifs créent encore plus de sentiments de présence que le présent même. Ce n’est que beaucoup plus tard, par exemple dans le numéro 36, que les récits sont relatés au temps passé. Les allusions à la Bible sont nombreuses au début de la suite, mais moins courantes plus tard. Elles sont souvent introduites de façon habile dans le texte. Le 1 Mos 9 (de la Bible) raconte que Noé était couché nu et enivré par le vin dans sa tente. Son fils Ham a vu cela et l’a raconté à ses frères Sem et Jafet. Ces derniers sont entrés dans la tente à reculons pour couvrir les parties génitales du père. Et Bellman écrit : « Gå baklänges bort, där som nykterhet rår » (Eloignez-vous à reculons, là où la sobriété règne), [épistle numéro 5]. Tout comme dans l’Ancien Testament, l’homme est souvent représenté par de la cendre ou une ombre.
Les figures de la mythologie classique telle que la déesse de l’amour Vénus (souvent appelée Fröja), son fils rétif Cupide, le dieu de la guerre Mars et le faire passer de la mort Charon se mèlent avec les acteurs humains. C’est pittoresque et métaphorique en même temps.
Pour des différentes raisons, les poètes du 18ème siècle se servaient beaucoup de paraphrases. C’est aussi le cas pour Bellman : Les femmes des épistles peuvent être appelées les gosses de Fröja, les esclaves de Fröja, elles vont au champ de Fröja, le lit c’est la tombe de Fröja. Les frères, les hommes et les corps de Bacchus sont à trouver dans la grange, la cuisine, la chambre et le coin de Baccus, c’est-à-dire des endroits pour boire de l’alcool.
Bellman maniait de façon extraordinaire l’alexandrin, le vers à la mode de l’époque. Il l’utilise de façon parodique dans la poésie des ordres, et de façon magistralement objective dans beaucoup de poèmes d’hommage. Le goût du classicisme français, qui était souvent exprimé à l’aide de l’alexandrin, n’appréciait pas les mots ou sujets ‘bas’. Une poésie ‘digne’ devait parler des rois et des héros, de leurs vies et actions, de grands hommes historiques étant des bons exemples à suivre pour le peuple, ou bien des histoires d’amour tragiques avec des figures de la littérature et mythologie antiques.
Dans les poèmes des ordres, Bellman a écrit sans retenue. Les ruptures de style étaient probablement encore plus amusantes à son époque que nous pouvons l’imaginer. Dans la littérature de l’époque, il était courant de laisser des gens simples comme des paysans et des domestiques prendre les rôles des héros comiques – ou anti-héros – ce qui était normalement la tâche des classes supérieures. Ils chantaient des versions ‘basses’ des airs qui étaient connus du public d’un style ‘élevé’.
Bellman n’était pas étranger aux tons lyriques non plus. Dans la chanson de Fredman numéro 32, « Aftonqväde », il crée de la poésie universelle. Dans les strophes, le paysage de rêve d’une soirée arcadienne est peuplé par des figures de la mythologie classique : Pan, Arachne et d’autres. Mais ils sont entourés par les soucis et anémones de la nature suédoise – et par Bellman lui-même : « Men nu – nu somnar jag » (Mais maintenant – maintenant je m’endors). C’est la fin du poème, un peu réaliste, mais pas unique chez Bellman. Dans plusieurs des épistles (les numéros 39, 71, 80, 82) ainsi que dans Bacchi Tempel et dans la chanson de Fredman numéro 64, « Fjäriln vingad », nous rencontrons les habitants de la nature et des détails botaniques qui font penser aux publications de Carl von Linné et la perspective qui s’y trouve :
Böljan sig mindre rör,
Eol mindre hviner,
När Han från Stranden hör
Våra Mandoliner;
Månan han skiner,
Vatnet glittrar lugnt och kalt,
Cyrén, Jasminer
Sprida vällukt öfver alt,
Fjäriln i guld och grönt,
Glimmar på blomman skönt,
Masken snart krälar ur sitt grus. |
Trädet med stilla sus,
Oss sin skygd förklarar;
Gömt i sit gröna hus
Sommar-foglen svarar.
Sin sång han parar
Med vår lilla mandolin,
Mellan små skarar
Af en svärm förströdda bien.
Fisken i lek och rom
Dansar på böljan om:
Dagen snart klarnar glad och lius.
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La musique de Bellman
On a pu constater que la plupart des mélodies de Bellman ont leurs origines dans des pièces d’opéra connues ou dans des chansons populaires de l’époque à Stockholm.
Le chercheur en musique James Massengale, qui dernièrement a énormément contribué à ce domaine, constate que Bellman formait souvent la musique pour qu’elle lui soit profitable. Avant tout, Bellman se servait de la musique connue et donnaient à ces chansons célèbres des nouveaux textes. Dans les pièces de chants, cette technique de parodie musicale a été pleinement utilisée. Cette technique était courante déjà dans les pièces de chants français et dans l’opéra de ballade anglais du début du 18ème siècle.
Bellman réutilise ses mélodies. Les épistles numéros 42 et 49 (qui ont tous les deux une histoire qui se déroule sur la presqu’île Klubben à Hägersten) ont la même mélodie. Les épistles numéros 25 et 82 ont au fond la même mélodie, c’est seulement le rythme et les figures qui changent. Le fait que certaines mélodies n’aient pas été identifiées ne montre pas que Bellman les a composées lui-même, mais la possibilité que c’est le cas ne peut pas non plus être exclue. Il ne pouvait pas écrire les notes. Dans un exemplaire de Fredmans Epistlar dédié au baron Otto Lillje, Bellman a cependant noté les mots « Mon épistle » en marge de l’épistle numéro 25. Cela pourrait indiquer qu’il pensait qu’il a composé la musique de cet épistle-là.
Åhlström pensait que Bellman n’avait écrit aucune des mélodies. Il avait cependant été en dispute judiciaire sur le droit d’auteur de la musique épistulaire. Kellgren, à son tour déclare dans sa préface que la plupart des épistles « se sont mariés aux mélodies connues auparavant; d’autres ont le même créateur que le vers, et presque tous ont plus ou moins accepté les changements et améliorations du poète ».
Comment Bellman a, lui, phrasé sa musique, la musique qu’il utilisait, nous n’en savons rien. C’est Åhlström qui a écrit toutes les notes. Beaucoup de broderies vocales propres de Bellman se sont pour cette raison perdues, même si Åhlström, parfois prescrit des trilles et d’autres ornementations.
Étant donné que Bellman possédait une capacité musicale, c’est possible qu’il ait écrit plusieurs mélodies. Les modifications musicales des mélodies célèbres, qu’il a faites pour les adapter aux textes, montrent qu’il avait une créativité musicale incontestable.
Le dernier chapitre
Fredmans Epistlar et Fredmans sånger n’ont pas eu de succès de vente immédiats. Le bénéfice économique de Bellman grâce aux publications des œuvres a été minime. Il s’essayait aux travaux dramatiques et à la traduction, et il était toujours demandé aux fêtes privées. Mais avec le temps, sa voix s’était usée et il paraît qu’il est devenu de moins en moins disposé à paraître. A partir de 1789 madame Helena Qviding faisait partie de ses meillieurs amis. Dans les années suivantes, il lui a dédié beaucoup de chansons et poèmes.
La mort de Gustave III en 1792 était une épreuve difficile pour Bellman et pour sa famille. Bellman avait rendu hommage à la Cour dans des chansons et dans la poésie pendant vingt ans. C’était bénéfique pour Bellman dans le sens où il recevait de temps en temps une aide finacière du roi. Bellman s’est même établi comme poète de guerre pendant la guerre de 1788-90. Sa chanson sur la bataille de Hogland le 17 juillet 1788 fait partie des plus magnifiques du genre.
Le gouvernement qui succédait ne portait pas un grand intérêt pour Bellman.
Si la publication de Fredmans Epistlar en 1790 était un point culminant dans la vie de Bellman, elle a été suivie par une catastrophe écrasante quatre ans après. Au printemps 1794 Bellman a été obligé de passer dix semaines dans un local de prison au château de Stockholm; en qualité de secrétaire de la Cour royale, il a pu éviter la prison ordinaire. Il s’agissait d’une dette, pas très grande, que Bellman ne pouvait pas s’acquitter. La solution a été que le couple Bellman se mette en tutelle, pour que leur situation financière désespérée puisse se résoudre. Il est probable que la période en prison ait détérioré la santé de Bellman. Sur le conseil de son médecin Anders Blad, Bellman a écrit son autobiographie en prison, autrement dit son lefvernesbeskrivning. Elle n’était pas longue. Les faits et informations concernant cette dernière sont souvent douteuses, mais la prose qu’il a écrite fait partie de la plus brillante que le langue suédois peut montrer.
En automne 1794, il était souvent malade. Mais il a aussi eu un dernier succès artistique quand il a diverti les invités d’une fête privée chez le chef d’opéra Rålamb, de sorte qu’ils aient bien rit et pleuré.
Au début de la nouvelle année, il était alité. Il a décédé le 11 février 1795. Il était enterré au cimetière de Klara sans pierre tombale. Aujourd’hui, il y a un grand monument près de la sortie vers la rue Klarabergsgatan. Il est orné d’un médaillon en bronze du poète, créé par son ami Tobias Sergel. Le monument a été érigé par l’Académie Suédoise en 1851. C’est confirmé que Bellman est enterré dans ce cimetière. Par contre, on ne connaît pas aujoud’hui l’endroit exact à cause des creusements au 19ème siècle.
Le souvenir de Bellman
L’œuvre de Bellman s’est répandue tous azimuts. Chez Par Bricole, la tradition artistique est toujours cultivée. Parmi des étudiants et élèves, Bellman a été chanté avec grand plaisir dès le début du 19ème siècle. Bellman occupe une place prépondérante quant au chant d’étudiants. Les recueils de chansons des nations d’étudiants comprennent toujours quelques épistles et chansons. Certaines des chansons de Bellman font partie de la tradition folklorique tel que Gubben Noak, le berceau au fils Karl et le poème d’hommage Gustafs skål!. Beaucoup de chanteurs suédois, danois et finlandais ont chanté et enregistré des épistles et chansons sur disque. Les romantiques du 19ème siècle considéraient Bellman comme le génie divin qui recevait son inspiration directement d’un monde plus élevé et la transformait sans peine en texte.
Des époques plus récentes ont révélé d’autres traits chez lui : Son brillant artistique, son engagement social, son rôle d’être en même temps gérant d’un ancien patrimoine littéraire et un renouveleur littéraire.
La recherche sur Bellman et son œuvre s’est mise en marche déjà au 19ème siècle. Des études critiques du texte plus ou moins importantes ont été publiées au 20ème siècle. Le Standardupplaga de l’Association de Bellman et le journal Bellmansstudier constituent la base. À la fin du 20ème siècle et au début du 21ème siècle, s’ajoutaient plusieurs thèses, et d’autres sont à venir.
Une concordance sur toute l’œuvre de Bellman a été élaborée à Gothembourg.
Plusieurs œuvres biographiques ont été écrites, mais pas de recensement sur le mode de vie comme c’est le cas de pleins d’autres poètes suédois.
Bellman est devenu un sujet apprécié dans la littérature. Il figure dans des poèmes, chansons, pièces de théâtre et romans. Bellman a inspiré beaucoup d’écrivains, pas seulement en Suède mais aussi en Finlande, au Danemark et dans d’autres pays.
L’immortalité de Bellman , qui a été constatée peu après sa mort corporelle, a été tout à fait confirmée lors des observations récentes.
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